Contes spirituels pour un monde nouveau

Paulus et l’abeille à miel (format pdf)

La vaste mer se trouvait à de nombreux levers et couchers de soleil des montagnes mauves et encore plus loin de Mareithia, la forêt majestueuse. Même si la majorité des habitants des plaines et des prés disaient que cette masse d’eau s’était tarie et qu’il ne restait qu’un bassin salé, cuisant inlassablement sous les chauds rayons du soleil, ce n’était pas le cas. Cette formidable masse d’eau, accompagnée depuis toujours du vent, de la lumière et du ciel, était là bien avant que les premiers humains ne touchent la terre. Le flux et le reflux de ses vagues turquoises léchaient doucement et sans discontinuer ses plages de sable orangé. Ceux qui pensaient que la vaste mer était toujours là croyait que ses eaux étaient peu accueillantes et que rien ne pouvait croître dans ses profondeurs.

Mais ce n’était pas le cas.

La plupart des gens nés près de cette étendue majestueuse et mystérieuse, aux eaux cristallines irisées de bleu et de vert, n’avaient aucun désir de s’en éloigner. Il semblait que cette mer avait une façon bien à elle d’inciter les gens à rester. Ceux qui l’avaient quittée pour ne jamais y revenir étaient peu enclins à parler de leur lieu de naissance au cours de leurs périples. Avec le temps, les nomades et les curieux commencèrent à lui donner le nom de « Sevenaaz », qui signifie dans la langue des collectivités nomades « inconnaissable ».

Assez étrangement, il existait une certaine ressemblance entre Mareithia, la forêt immense et sacrée, et Sevenaaz, la mer vaste et silencieuse. Chacune détenait dans son cœur de graves secrets faits de compréhension et de sagesse impénétrables, lesquels s’étaient perdus au cours des milliers d’années où les humains s’étaient déplacés et avaient évolué. C’était également vrai que Mareithia et Sevenaaz, fort éloignées l’une de l’autre et se trouvant dans des directions opposées, avaient la même origine, à savoir les étoiles.

Par un bel après-midi où le soleil scintillait dans les feuilles et que les nuages chatouillaient les ailes des hirondelles captivées, on apprit que les étoiles avaient un message à transmettre aux terriens. Cette communication céleste, rapide et précise, était porteuse d’une lumière argentée et pure qui se jetait sur les ailes des abeilles à miel. Le moment était venu pour ces insectes dévoués d’alerter, gentiment mais fermement, les humains prêts à continuer leur voyage vers des dimensions plus élevées.

Enchantées de leur mission, elles volèrent joyeusement au-dessus de la vaste étendue de Sevenaaz, des montages mauves, des prés rocailleux et des plaines cuivrées. Elles continuèrent ainsi pendant plusieurs jours espérant se poser sur une main ou sur un bras et avoir la joie, l’espace d’un instant, de transmettre la grande compréhension. Mais leur réussite fut plus que modeste. Seul un petit nombre de personnes était prêt à admirer les abeilles. Bien souvent, elles étaient chassées avec irritation ou anxiété avant de pouvoir se poser.

Paulus, un homme tranquille et honnête, avait passé les 21 années de sa vie près du rivage ambre qui retenait Sevenaaz. Fidèle à ses ancêtres, il s’était mis à voyager, mais après un périple de plusieurs jours ou semaines, Paulus retournait près de la mer. Parfois, durant la nuit, bien protégé par la voûte céleste, il laissait son cœur et son esprit s’ouvrir encore plus. À certains moments, la sensation de ne faire qu’un avec toute la création lui faisait monter des larmes chaudes qui coulaient sur ses joues que le soleil avait tannées. Puis, il murmurait à l’intention de l’univers, « M’en diras-tu un peu plus ? Ne peux-tu m’amener là où je peux rencontrer une famille ou des amis dont l’esprit et le cœur sont semblables aux miens ? »

Paulus savait que la mer détenait de grands secrets, mais que sa solitude avait eu pour effet de former une barrière importante. Il devait tout d’abord apprendre des autres, puis il pourrait approfondir des sujets plus graves.

Et c’est ainsi qu’à la fin d’une journée aussi pure que le cristal, une abeille, épuisée d’avoir volé si longtemps, rencontra un jeune homme tranquille caressant les eaux turquoises d’une main gracieuse. L’air exhalait un parfum d’espoir renouvelé au moment où le petit insecte rayonnant vint délicatement se poser sur son poignet. Paulus regarda l’abeille avec étonnement, et lui dit : « D’où viens-tu? Tu es si loin de chez toi ! »

Tandis que Paulus admirait la couleur de la petite abeille courageuse, il sentit une force gigantesque le pénétrer. Ravi, il sentit naître en lui une bonté et une paix qu’il n’avait jamais ressenties auparavant. Le souffle coupé, il ferma les yeux pour savourer encore plus cette sensation.

Paulus se réveilla près d’une autre étendue d’eau, mais dorée. Assis sur ses rives fleuries, il sentit un parfum de miel et de roses monter à ses narines. Autour de lui, les arbres anciens oscillèrent avec sagesse, et les oiseaux gazouillèrent en signe de bienvenue.

Une très petite abeille avait amené Paulus dans un nouveau monde qui promettait de grandes découvertes. Il savait qu’il verrait bientôt des personnes de sa connaissance, et cette pensée le fit sourire. Il était au creux de Mareithia, la forêt chatoyante, et la gloire de la création rejaillit comme une pensée argentée.

Regiena Heringa
www.nextagemission.com

Traduction par Michèle Lessard lessardmichele@videotron.ca

 

Retour à l'index des Contes spirituels pour un monde nouveau

Retour à l'index Livres, poésie et musique de Regiena

 
Top of page / Haut de page