Contes spirituels pour un monde nouveau

Les jumeaux et la forêt sacrée (format pdf)

Les jumeaux, Lithan et Sian, s’échappèrent de leur chaumière avant le lever du soleil pour aller explorer l’immense forêt de l’autre côté de la prairie. Ils étaient impatients de passer une journée loin des chamailleries sans fin des villageois, sans toutefois réaliser qu’ils étaient à l’origine de ces discussions bruyantes et inutiles. Lithan et Sian se souciaient fort peu de l’inquiétude de leurs parents. La curiosité, le goût de l’aventure et le désir obstiné d’aller dans la forêt occupaient exclusivement leur esprit.

Les habitants des régions voisines avaient toujours parlé avec le plus grand respect de l’immense forêt et de son lac sacré offrant la possibilité d’aller vers d’autres mondes, de même que de la lumière dorée dont les cœurs purs étaient enveloppés. À plusieurs reprises, ils murmurèrent en fermant les yeux « Mareithia », qui signifie « site de la demeure sacrée » en langue ancienne, et se sentirent habités par un doux sentiment de réconfort et de liberté.

Les garçons marchaient rapidement vers la forêt foulant aux pieds les fleurs sauvages qui venaient juste de déployer leurs pétales dans le petit matin et faisant fi du dessein délicat des réseaux de toiles couvertes de rosée et des premiers voltigements d’un petit papillon blanc.

« Quand nous serons rendus, je vais tout de suite aller me baigner dans le lac », dit Sian. « J’ai chaud, j’ai faim, je suis fatigué et ... »

« Reste tranquille », rétorqua Lithan. « Continuons à marcher ».

Après avoir marché un long moment sans cesser de se plaindre, ils étaient sur le point d’atteindre leur but : la forêt scintillante et chatoyante, le chant des oiseaux, le murmure des pins et des chênes. Encore quelques minutes et ils seraient dans la forêt.

Ils crièrent « Mareithia...Maaareeithia...MAREEEEEEITHIA ». Absolument rien ne se produisit. Aucun oiseau ne les accueillit d’un pépiement joyeux. Aucune feuille ne frémit en signe de bienvenue. Même les quelques nuages floconneux d’un blanc pur cessèrent de courir. La forêt était tout à coup devenue obscure, silencieuse et inaccessible. Une gigantesque force invisible était montée des profondeurs de la terre et s’était déployée de la gauche vers la droite de façon à encercler la forêt entière. Cette demeure sacrée était hors d’atteinte.

Furieux, les garçons se jetèrent sur ce bouclier invisible et furent aussitôt renversés. Ils écumaient de rage. « J’ai un couteau », vociféra Sian. Visant un vieux chêne, qui dégageait sagesse et élégance, le garçon murmura d’une voix dure : « Je vais le lancer sur cet arbre et détruire le bouclier ».

Bien que lancé sans beaucoup de vigueur, le couteau traversa le bouclier et heurta l’arbre majestueux. Avant que les jumeaux n’aient eu le temps de crier victoire, l’arbre disparut et fit place à une gigantesque colonne de lumière d’or. Le couteau se retrouva aux pieds des garçons pétrifiés sous la forme de deux minuscules ballons dorés.

« Asseyez-vous », ordonna télépathiquement la colonne de lumière et les garçons, comme s’ils étaient envoûtés, obtempérèrent et s’assirent à l’orée de la forêt. « Pensez à votre plus grande peur », ordonna la lumière, et les garçons pensèrent aux moments où ils avaient eu très, très peur. « Pensez à votre plus grand amour », ordonna ensuite la lumière. Rien ne se produisit dans l’esprit des garçons. « Maintenant, prenez la balle dorée » ordonna la lumière avec une certaine gentillesse. Lithan et Sian se penchèrent et prirent dans leurs mains tremblantes les petites sphères incandescentes qui attendaient frémissantes à leurs pieds. La beauté de ce globe rayonnant dans la main des garçons était si époustouflante qu’ils ne pouvaient même pas songer à posséder et encore moins à vendre une telle splendeur pour en tirer profit. Pour la première fois de leur vie, Lithan et Sian étaient en mesure de reconnaître et d’admirer la beauté. Leur cœur s’ouvrit.

Rien d’autre ne fut dit. Les garçons restèrent assis à l’orée de la forêt silencieuse et inaccessible en admiration devant ces œuvres remarquables qui commencèrent à dégager un parfum semblable à celui d’un millier de roses. Les jumeaux se sentirent pleins d’amour, de bonté, de compassion et de tendresse. Les sphères magnifiques et mystérieuses commencèrent lentement à se dissoudre comme la rosée du matin sur les réseaux de toiles dans les prés. Seule la fragrance sucrée des roses persista. En levant les yeux, les jumeaux virent que la colonne de lumière avait de nouveau fait place au chêne majestueux.

Même s’ils le désiraient de tout leur cœur, Lithan et Sian furent incapables de franchir le rempart et de toucher le chêne du bout des doigts pour demander pardon et témoigner leur reconnaissance, mais ils savaient qu’ils pourraient le faire un jour. Cela leur donna beaucoup de courage, et c’est d’un cœur joyeux qu’ils retournèrent tranquillement à la maison, les plantes et les fleurs s’inclinant devant eux en signe d’assentiment. À Mareithia, la forêt chatoyante, un oiseau modula son chant à la gloire de la Création.

Regiena Heringa
Institute for Spiritual Unfoldment and Interworld Studies (ISUIS)
Institut de l’épanouissement spirituel et des études intermondiales (IESEI)
www.nextagemission.com

Traduction par Michèle Lessard lessardmichele@videotron.ca

 

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